73 rue des Haies
75020 Paris France

Du mercredi au dimanche
De 15h00 à 19h00

plateforme
Exposition FORTUNE DU TEMPS //
Commissariat Danièle Gibrat //

Du 19 mars au 4 avril 2021 //
Vernissage vendredi 19 mars de 14h à 17h //

Danièle Gibrat, Nicolas Guilbert, Christine Jean, Hélène Majera, Corinne Mercadier,
Zwy Milshtein, Herman Steins, scomparo
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exposition FORTUNE DU TEMPS

 

 

"En fait, on nous fait croire que le temps est historique alors que le temps est un territoire. Nous ne sommes pas, comme le temps historique le stipule, un point qui parcourt ce territoire d’un pan à l’autre : nous sommes ce territoire, son extension sans fin. C’est un territoire qui se développe de tous les côtés." a déclaré Medhi Belhaj Kacem en interviewant David Bowie*.
Cette affirmation qui fait crânement fi de la chronologie, est d'une certaine façon à l'origine de ce projet. La découvrant quelques années après sa parution, je m'y suis immédiatement « retrouvée » car elle décrit ce que je ressens intuitivement. Nous avons tous, me semble-t-il, vécu des moments où, en décalage complet avec notre âge officiel, se mêlent en notre for intérieur l'enfant, l'adulte et même parfois le vieillard. Ce sentiment d'un temps bien plus mouvant que sa version mécanique réglée par les horloges, on l'éprouve aussi à l'atelier et on le retrouve dans le champ de l'art, par exemple dans le défi lancé à la finitude de Gino de Dominicis ...
C'est ce territoire-là que je souhaite arpenter dans une exposition. Comme une tentative de donner à voir, ou du moins à entrevoir, cette trame de temps qui se tisse et se déploie au cœur de la création. Cette trame est faite des réminiscences qui peuvent surgir par surprise ou bien se manifester de façon délibérée. La durée la constitue, mais également les fulgurances : certaines pièces ont besoin de "reposer" longtemps alors que d'autres existent subitement comme par chance. Elle est faite aussi des ruptures et des liens, qui affichés ou secrets dessinent le parcours... Il s'agirait de faire deviner (de partager peut-être ?) l'expérience d'un temps vécu dans l'élaboration des œuvres, quand le "jamais vu" croise le souvenir, quand on a le pressentiment de reconnaître quelque chose au moment où on le découvre.
A travers quelques artistes réunis ici, évoquer la plasticité singulière de ce qu'on s'accorde pourtant tous à appeler le temps.

 

Danièle Gibrat

 

*Interview de David Bowie par Medhi Belhaj Kacem pour le magazine Les Inrockuptibles en Février 1996.

 

 

   

 


 

Danièle Gibrat

 

Horitzó: cardinal presque,
tirage numérique sur papier dos bleu, 2020, 120x120cm

 

Un jour, Boltanski a déclaré que les artistes tournent souvent autour d'un fait qui les a marqués dans l'enfance... Dans mon cas, ce fait, c'est une incapacité à mettre en mots mes émotions, sûrement à cause de certaines raisons biographiques qui sont à l'origine de la série Horitzó. Horitzó évoque un lieu précis, un endroit où quelque chose s'est passé, longtemps tu. Depuis mon enfance, ce silence a inscrit dans mon esprit une forme de confusion et a hanté tout ce que j'ai fait. C'est donc, surtout parce que le langage m'était étranger que je me suis "retrouvée" du côté du regard. Petit à petit, c'est devenu un parti pris. Je pense vraiment que certaines choses ne se disent que dans le temps du visible, dans l'exercice de cette forme singulière d'intelligence qui est celle du regard…
L’ensemble de ce que j'ai réalisé toutes au long de ces années serait comme une sorte de "livre en images", avec des phrases, des paragraphes, des chapitres... liés par un fil qui court d'une pièce à l'autre. Ce fil, je ne le suis pas de façon délibérée, il se tisse tout seul. J'aspire pourtant depuis longtemps à faire des choses qui concentreraient, dans une seule pièce, des espaces disparates et même dissonants. Il y a eu les dessins au stylo-bille sur photographie, avec un pied dans le réel et l'autre dans la fiction, et aujourd'hui, des photographies d'assemblages éphémères de tout un tas d'éléments, morceaux d'images, papiers déchirés…. J'en suis là, à tenter d'entrelacer des bribes de temps.

www.danielegibrat.com

 
 

 

Nicolas Guilbert

 

Rêve d’enfant,
boîte en bois et plexiglass, photographie (Aéroport Roissy-Charles de Gaulle, Paris, 2016,
tirage jet d’encre sur papier baryté Hahnemüle), avions en papier plié sur tige métallique, dessin, LED, 2018 , 76 x 57 x 22 cm

 

Derrière ce titre inattendu d’Iconobox se cache tout un monde fantasmatique et poétique : celui de Nicolas Guilbert qui présente pour la première fois trente cinq petits théâtres d’images en trois dimensions où s’entrechoquent ses émotions et son imaginaire visuel. Déclinés à partir d’une photographie choisie dans ses archives et suscités par une rêverie singulière autour de formes ou d’associations d’idées, ces espaces mettent en scène le prolongement, l’écho d’une vision que démultiplie l’utilisation de différents médiums : la photographie, le dessin, la peinture, la typographie et, pour la première fois, la sculpture par le modelage de terres cuites et de porcelaines, ainsi que des animaux naturalisés et quelques objets.
Fonctionnant comme des cabinets de curiosités ludiques et décalés où apparaissent parfois en abyme certaines des œuvres graphiques et photographiques de l’artiste déjà exposées par le passé dans d’autres formats, les Iconobox condensent tous ses thèmes de prédilection : l’animalité dans son rapport tragique ou facétieux avec l’humain, le travail et l’amour de l’art à travers ses fondamentaux (ateliers, musées, motifs), les clins d’œil à sa muse, mais aussi l’esprit d’enfance et l’humour sans lesquels créer ne serait pas jouer.

Nicolas Guilbert est photographe, peintre et dessinateur. Né à Paris, il a rendu hommage dans sa première exposition de dessins (1984) à Coco, une photo de Robert Doisneau, avant de publier plusieurs livres de dessins et d’exposer dans plusieurs galeries parisiennes durant les années 90 et 2000. Si son œuvre picturale très graphique privilégie le trait et les supports en papier, ses images mêlent reportage sur le vif, sensibilité à l’insolite et humour.
Son travail photographique a été révélé par Animaux & Cie (Grasset, 2010), puis Animonuments, un voyage sentimental à travers la France, exposé au Musée de la Chasse et de la Nature ainsi qu’aux Rencontres d’Arles en 2011. En 2014, le Musée de la photographie de Mougins montre « Connivences », son dialogue photographique avec Patrick Zachmann (Magnum), tandis que son exposées en 2015 ses meilleures images sur le thème de l’animalité chez Flair Galerie (Arles). Fruit de trente ans de photographie à travers la capitale, Paris Paradis, un journal photographique (Flammarion, 2015) constitue le meilleur résumé de son style à la fois classique et ludique.
Début 2018, il est invité par la conservatrice du Palais-Royal à exposer une soixantaine de photographies issues de Paris Paradis au milieu du domaine.Ayant entrepris depuis plusieurs années une nouvelle série d’œuvres intitulées « IconoBox » incluant tous ses médiums et pour la première fois la sculpture, ces dernières ont fait l’objet d’une exposition à La Folie Saint-Martin (Paris Xe), lieu privé acquis par un couple de collectionneurs, en mai-juin 2018.

https://www.instagram.com/nicolasguilbertparis/?hl=fr

 
 

 

Christine Jean

 

Suminagashi.
Encre de Chine sur papier Vietnamien 42 x 32 cm 2020

 

Par l'encre, je suis entrée dans l’univers extrême-oriental. Dissolution, dispersion, évaporation, coagulation, voici les phénomènes de l'encre entre laisser agir et maîtrise. Entre écrire et peindre il n'existe pas de rupture. Le suminagashi – encre flottant sur l'eau en mouvement – technique japonaise datant du XIIe siècle, consiste à poser délicatement une feuille de papier à la surface de l’eau pour recueillir l’empreinte des formes de l’encre : un instant capté.
Les premières émotions esthétiques de Christine Jean sont liées au Havre, ville moderne et minérale, posée au seuil du monde, immergée dans les mouvements lumineux du ciel et de la mer. La rencontre de l’angle droit et du fluide, du solide et de l’instable, du permanent et du fugitif ont aiguisé sa vision : lointain et proche, microcosme et macrocosme, brusques ruptures, rythmes et variations de lumière, transformation constante… Avec le temps, ses multiples recherches l’ont incitée à utiliser des matériaux hétérogènes et à accueillir ainsi le hasard, ouvrant une forme en devenir. Au travers de l’expérience de la matière, la peinture d’abord, mais aussi la photographie, le cuivre, l’acide, l’encre, elle établit un parallèle entre les processus de la nature et ceux à l’œuvre dans la pratique picturale.

En 1980, diplômée de l’école des Beaux-arts du Havre, elle s’installe à Paris. Au Salon de la jeune peinture en 1984, le FNAC acquiert un de ses dessins. Elle participe à plusieurs expositions collectives : Germinations (Kassel, Breda, Créteil),  Paris-Hanoi-Saigon au Pavillon des arts à Paris, Quoi peindre donc ? à la Fondation Ecureuil à Toulouse… En 1991 commence une longue collaboration avec la galerie Area-Paris qui lui consacrera trois livres : Le fil du corps (1999), Ciel et eau (2006), A l’envers (2009) et plusieurs expositions personnelles. (Nuit et jour, L’eau d’en haut, Chambre d’écho…). En 1994, lors d'un long séjour au Vietnam elle s'initie à la laque et réalise trois expositions Mai Mai, espace NK, Novembre à l’association des Beaux-Arts de Ho Chi Minh ville et à la Galerie Fleuve Rouge à Hanoi. L'année suivante elle propose à l’Espace Paul Ricard-Paris Correspondances vietnamiennes avec des œuvres d'artistes rencontrés au Vietnam. En 2006 invitée en résidence au musée de l’Abbaye de Saint-Riquier, elle présente L’eau d’en haut, un ensemble de peintures, carnets et céramiques sur la relation ciel/eau en baie de Somme. Elle a exposé en France (Galerie Exit art contemporain, Collection de la Praye, Galerie Duboys…) mais aussi au Centre culturel français de Libreville, à l’Institut français de Hanoi, aux Pays-Bas avec le collectif De-passages, à Stockholm, à Bielefeld et Essen, au Musée de l’électricité de Lisbonne, en Chine (Beijing, China National Fine Art Museum, Shenzhen Guangshangyue Museum, ChongQing Fine Art Museum), en Allemagne lors de la résidence ArToll-Kunstlabor, LVR-Klinik Bedburg-Hau.
En 2018, elle a reçu le Prix de la Fondation Simone et Cino Del Duca à l’Institut de France pour l’ensemble de son œuvre.

 

www.christine-jean.net

 
 

 

Hélène Majera

 

La Marquesa de la Solana d’après Francisco de Goya
, 2018, huile sur toile, 195 x 130 cm, © Hélène Majera

 

C’est sans doute la relation entre deux grandeurs, l’échelle humaine (le portrait) et l’échelle modélisée d’un espace vectoriel infini qui installe chez le regardeur une intuition, celle de comprendre, même sans le savoir, que le destin de cette jeune Marquise sera bientôt scellé.
En physique, les vecteurs permettent de modéliser des grandeurs comme une force, une vitesse, une accélération, une quantité de mouvement ou certains champs (électrique, magnétique, gravitationnel...), toutes choses qui régissent les lois de l’Univers.
Mais ne nous y trompons pas, l’enjeu ici est celui de la peinture et de sa puissance atemporelle confrontée au langage vectoriel de l’infiniment grand du cosmos et des constellations.
Encore une histoire de temps unis dans l’espace du tableau pour entrevoir « une élégante simplicité et beauté dans la nature, telle qu’elle est révélée à notre cerveau par des formes ou des lois mathématiques.* »


*Max Tegmark, cosmologiste

1 / Hélène Majera a toujours su que son désir d’être au monde se ferait avec des crayons Faber-Castell Polychromos à la main … qu’elle abandonna pour inventer des BD à la mine de plomb, et revenir plus tard à son hobby « le dessin de mode » avec ou sans couleurs. Elle ne pouvait pas savoir qu’une souris allait gagner la partie.

2 / Seul l’exercice de la peinture lui enseigna la place unique que cette technique (huile sur toile) confère au moindre dessin, au moindre portrait, au moindre trait pour nous éblouir de ses éclats. L’ami Delacroix le savait lui qui dessinait comme on respire : là où la peinture sédimente couche après couche jusqu’à la remontée en surface, le dessin lui, fait son travail rapidement « d’un trait » si j’ose dire et ce seront autant de temporalités discursives qui composeront, entre « histoire et mémoire : l’écriture sans fin des événements ».

3 /  De l’usage de la souris, de ses excès et de l’addiction qui s’y rattache je n’en parlerai pas. Sachez seulement que la réalisation de mon œuvre en cours réutilise nombre de procédés et de visuels anciens où nouveaux, tous revus à l’aune d’Internet et des puces électroniques. A voir sur un grand écran d’ordinateur.

4/Expositions/Salons/Distinctions/Acquisitions/voir le site: https://www.helenemajera.com/bio

 

https://www.helenemajera.com

 
 

 

Corinne Mercadier

 

Demain, série « Solo »,
2014, Tirage d'après fichier numérique sur papier Hannemühle Rag Baryta 315 gr,
 courtesy Galerie Les filles du calvaire, Paris

 

Dans la série Solo, personnages en mouvement et objets lancés sont mis en scène suivant un scénario dessiné.
Ces objets que je fabrique ou transforme suggèrent des jeux aux règles mystérieuses : pneus, balles liées entre elles, ballons et grandes baguettes, évoluent dans le champ de l'image devenu scène.
Je suis à la recherche d'images d’une conjonction particulière, imprévisible, entre le corps, l’objet, le décor et la lumière. Pour m'en approcher, je dirige ma compagnie vers le croisement de temps et d’espace que seule la machine à faire des photographies aura vu : une « circonstance éternelle » extraite du flux de la perception continue.
Sculptures et personnages en mouvement deviennent pendant 1/800 ème de seconde les capteurs aveugles d'un hasard "préparé" sous un ciel noir qui doit tout à l'artifice. 
Cette série fait suite, avec ses ciels sombres et objets lancés, à Longue distance en 2007 et Une fois et pas plus en 2002. J'ai travaillé depuis sur les toits de bâtiments remarquables, pour la série Le ciel commence ici, et depuis 2018 en intérieur pour Espace Second et De vive mémoire.

Corinne Mercadier est représentée par la galerie Les filles du calvaire, Paris
Elle a travaillé au Leica argentique et au Polaroid SX70 jusqu’en 2008, puis s’est tournée vers le numérique.
Elle a également une pratique du dessin, qui prend pied dans le monde visible pour s'en échapper en scènes imaginaires.
Quelques dates : en 2020 elle participe à "La boite de Pandore" au Musée Réattu à Arles; en 2019 elle expose ses Polaroids et dessins au Salon H, Paris; en 2018 elle est maître de stage à Niort pour les Rencontres de la jeune photographie internationale, à l'occasion desquelles est présentée la rétrospective "Satellites".
En 2017 elle expose à Shanghai, Le Mans et à l'Abbaye de Jumièges.
En 2016 à l'Espace Leica Paris, aux Rencontres de la photographie à Arles et à la galerie Les filles du calvaire à Paris; en 2015 le festival Planche(s) contact de Deauville lui offre une carte blanche. Fotografiska à Stockholm présente une rétrospective en 2014. En 2013 elle est finaliste du Prix de l'Académie des Beaux-Arts Marc Ladreit de La Charrière.

Elle est présente dans les collections du Musée de l'Élysée, La Maison Européenne de la Photographie, le FNAC, la Bibliothèque Nationale, Neuflize OBC, Polaroid Corporation.
Elle a publié la plupart de ses livres aux éditions Filigranes, "Où commence le ciel?", "Dreaming Journal", une monographie, et "Devant un champ obscur".

Projection du film Entre terre et ciel, 6', réalisation Sandra Städeli, image Thomas Roussillon, production
AM ART Films, 2014
Ce film suit la réalisation de quelques photographies de la série Solo, dont Demain.
http://www.amartfilms.com/fr/films/tandem/entre-terre-et-ciel-1235.html

http://www.corinnemercadier.com/

 
 

 

Zwy Milshtein

 

Bouteille,
films transparents couverts de dessins et baignant dans de la paraffine liquide

 

Difficile de résumer la vie et l'œuvre de Zwy Milshtein, mieux vaut  découvrir (peut être en visitant son site à défaut de voir les en vrai) ses peintures, ses gravures, ses sculptures, ses écrits et aussi ses expérimentations autour de la transparence, dont cette "bouteille" fait partie. Un objet poétique précieux, aussi simple qu'évident: dessins (hallucinations?) flottant et se mouvant dans un élément liquide. Un peu de temps capturé dans un flacon.

Quand, par un heureux concours de circonstances, j'ai rencontré Zwy au début des années 80, je le connaissais déjà par le livre de la collection "le musée de poche" qui m'avait accompagnée durant mes études. Un peu plus tard - nos ateliers étaient à la même adresse - j'ai eu le privilège de le voir peindre. J'ai admiré sa virtuosité et sa liberté à jouer de tous les registres de la peinture, sa maestria m'a épatée, et aussi sa façon unique d'allier la mélancolie à l'humour, le tragique de l'Histoire à la fantaisie. Au fil temps, j'ai appris qu'il était né en Moldavie, avait fui les nazis et les soviétiques. J'ai été éberluée quand au détour d'une conversation, il a mentionné, avec une lueur ironique au coin de l'œil, qu'une de ses parentes avait épousé un cousin de Staline (malheureusement, cela n'avait été d'aucun secours pour sauver son père du goulag). En 1948, après des années d'errance, avec sa mère et son frère, ils arrivent en Israël, où il commence ses études poursuivies aux Beaux Arts de Paris. Il a  exposé chez Katia Granoff, au Musée d'Art Moderne, et dans beaucoup d'endroits (la liste est longue, tout comme celle des musées qui possèdent des œuvres de lui dans leur collection). Topor est son ami et l'a invité à rejoindre le groupe Panique. A New York, il a joué aux échecs avec Marcel Duchamp….

atelier-milshtein.com

 
 

 

Herman Steins

 

PLaNE, Ruysdael in Progress
, peinture à l'encaustique sur bois, 24x30 cm

 

ANECDOTE A PROPOS DE PLaNE

Alors que je me rendais en Allemagne pour une exposition et que je m’ennuyais ferme dans le train, j’ai eu l’idée de déchirer un bout du Libé que j’avais déjà lu trois fois. La forme qui est sortie de mes mains ressemblait à un avion. Un peu de salive et hop l’avion était collé sur la vitre du train. La vue du paysage que j’avais avec la silhouette de l’avion était magnifique. Vite j’ai attrapé mon appareil photo et j’ai pris des vues du paysage qui se déroulait sous mes yeux avec mon petit avion qui s’incrustait dans le paysage. Le résultat m’a emballé immédiatement et j’ai poursuivi cette démarche de l’incrustation d’un avion dans les paysages. Le paysage était déjà pour moi un sujet de recherche. Paysage international, intemporel, qui n’a ni temps ni adresse. L’ajout de l’avion m’a permis de m’approprier plus encore le temps et les lieux.

Herman Steins, né en 1955, est un artiste néerlandais, pluridisciplinaire qui réalise des œuvres protéiformes sous forme d’installations. Il réside à Paris depuis 1982. Il a exposé à travers la France, l’Europe, le Japon, le Corée du Sud, l’Inde et les États-Unis.
Herman Steins travaille depuis plusieurs années sur les thèmes de l’appropriation, de la perception et de l’espace-temps. Après avoir traité ces thématiques en dessin, en peinture, en photo numérique, en sculpture et en gravure (notamment dans des installations), il est arrivé naturellement à la vidéo qui lui offrait un nouveau champ, terrain d’expérimentation et une nouvelle dimension, le temps.

Un de ses sujets de prédilection est “PLaNE", une vaste série traitant de la perception illusoire d’un objet volant qui s’approprie les cieux. Du verbe français "planer" ou de l’anglais "plane" pour avion, cette série s'est exprimée à partir de 1996 en photo argentique/numérique et vidéo, puis à partir de 2008, par la technique de la  peinture à l’encaustique.
Depuis 2016, l'avion s’approprie même les cieux des paysages peints par Jacob van Ruysdael au 17ème siècle: sous la forme d’un "confetti" ajouté à la reproduction peinte en encaustique, Herman Steins y remplace les oiseaux du maître par un avion.
En 2019 “PLaNE, Ruysdael in Progress” a été présenté sous la forme d’une installation en Avignon au Cloître Saint Louis pour “Parcours d’Art, Avignon 2019”.

http://hermansteins.com/

 
 

 

scomparo

 
 
 

Performance griotée le 19 mars à 16h, le 27 mars, et 3 avril, et sur rendez vous.

 

Magali Le Mens : alors, moi je me demandais ce que tu allais déballer ?
scomparo : je vais déballer des liens entre les choses. Je déballe [les choses] dans l’espace, je leur créée des contextes mutuels. Et je les épaissis d’un halo bienveillant [] la parole.
MLM : et tu disais que la Fortune du temps t’avait proposé de penser au jaune ?
s : oui [] une histoire [] entre la roue de la fortune et le cercle chromatique [] Et parce qu’aussi, si tu veux, la météo, c’est du bleu et du jaune []
MLM : oui. Et justement comment tu pourrais expliquer à quelqu’un, comme ça, rapidement [] ta pratique du griotage ?
s : euh… [] c’est difficile de définir le réel, mais ce serait [] des objets, des choses ou des êtres qu’on peut caresser, et des espaces qu’on peut parcourir avec les corps. [] dans cet espace-là, [] on rassemble des entités [] corps [] objets plastiques [] objets déjà existants [] Le travail de griote [c’est de la parole, c’est du dessin], de la relation sociale !
MLM : est-ce qu’il y a aussi des histoires ?
s : les histoires sont nécessaires [] parce que les entités ne sont [jamais] toutes présentes [] [] ça suppose [] d’en faire [] des Remplaçantes []
MLM : mais tu as une très jeune fille qui est là parmi ces objets ?
s : c’est la Jeune fille de Petrus Christus, elle vient de [] Berlin. C’est une amie [] Elle vient à toutes mes performances [] C’est un tableau qui date de 1484 [] Elle est éternellement jeune, éternellement anonyme. C’est ce qui peut la faire friser un peu …
MLM : ha ha
s : … quand je la pose à côté de Vera Molnar []
MLM : est-ce qu’elle est très éloignée de la jeune fille que toi, tu étais ?
s : ha oui, totalement éloignée, mais absolument proche. Revêche. C’est [] une figure de non reconnaissance de sa personnalité d’une certaine façon, cette peinture, Tu sais, tout en l’affirmant,
MLM : bien sûr bien sûr, oui
s :  elle lui est retirée … par le seul fait de ne pas avoir été nommée []
MLM : il y a des objets qui ont l’air d’être singuliers, d’autres objets qui ont l’air d’être multiples ?
s : la petite voiture [] J’en ai une bleue, j’en ai une jaune [] Des petits éléments de langages [] Je les ai volées en fait.
MLM : à un enfant ? ha ha []
s : [] parce que tout est un peu comme un théâtre de la mémoire [] La petite voiture [] contient tout ce que je pourrais emmener [] à la galerie, le sac y compris.
MLM : haha [] et du coup, dans cette performance que tu vas faire, enfin, cette performance courte, tu vas appeler des éléments ou des histoires antérieures, ou tu vas recombiner quelque chose peut-être pour nous ?