Exposition PANIK SURFACES

Du 12  au 28 juin 2026

▶︎ Vernissage le vendredi 12 juin 2026, de 18h à 22h
▶︎ Commissariat : Dominique Clerc, Philippe Calandre

Serge Bilous / Philippe Calandre / Dominique Clerc / Nathalie Elemento / Norbert Godon / Sarah Krespin / Christine Maigne / Nathalie Novain / Marine Pagès / Thierry Urbain / Géraldine Wilcke / Mengzhi Zheng.

Une panic room est une pièce sécurisée intégrée dans un bâtiment pour mettre en sûreté ses occupants en cas de danger : un intérieur de protection. Mais comment aller à l’intérieur d’une surface ? Le titre de l’exposition invoque ainsi des espaces paradoxaux qui s’avancent en présentant le masque superficiel de la profondeur, des surfaces à investir en cas de panique.

Convoquant simultanément la sculpture et la photographie autour du référent architectural, l’exposition Panik surfaces tire son propos d’ambivalences de formes construites où plans et volumes se confondent. Les œuvres y prennent tour à tour la forme de maquettes hypothétiques, ou de prises de vues d’habitats potentiels. Glissant d’un médium à l’autre, les édifices que présentent les photographies se font sculpturaux et les sculptures tendent à faire image. Les chambres où l’on se réfugie pour se couper du monde extérieur se voient ainsi mises à plat dans le miroir de la chambre noire qui en retranscrit les volumes.

Dans ce vis-à-vis entre images et objets, des architectures d’ombres se profilent, décrivant des constructions imaginaires où l’espace habité et l’espace mental se confondent, des fragments d’édifices en devenir soumis à l’anamorphose. Les pleins et les vides s’inversent, ce qui devrait peser lévite, et l’expression même de la stabilité y prend la forme du déséquilibre. Souvent résumés à des formes géométriques, ces volumes architecturaux s’agencent en l’absence de toute figure humaine, celle-ci étant passée de l’autre côté du miroir.

Censées protéger les vies privées des espaces publics, ces architectures intérieures sont pourtant investies d’une commune obsession pour l’épure. Elles semblent se conformer aux cadres de l’architecture standardisée, réduisant les fonctions de l’habitat à celle d’un habitacle et l’image de la maison à celle d’une boîte. L’exposition propose d’en déplier les patrons.

Renouant avec les anciens motifs du constructivisme, mais dans une perspective d’avenir, le rassemblement des œuvres cherche à contrecarrer l’idéal autoritaire du monobloc. Imaginaires du passé et du futur s’y recoupent en vue de reposer cette question avancée par les avant-gardes modernes : comment faire du cube un organisme vivant ?

Dans sa volonté de mêler courbes et angles droits, formes organiques et minérales, le souple et le rigide, l’exposition Panik surfaces entend mettre en porte-à-faux des antinomies qui n’ont pas lieu d’être, et rappeler que la courbe ne s’oppose pas à la ligne droite et qu’une composition d’angles peut être vivante.

SERGE BILOUS

Né en 1972, vit et travaille à Pantin. Après une maîtrise universitaire d’arts plastiques sur les utopies photographiques au XIXe siècle, il réalise en 1997, le cd-rom 18h39, qui explore l’histoire de l’image mécanique, des premières expérimentations photographiques aux nouvelles technologies de l’image.

Depuis, parrallèlement à son activité de graphiste, Serge Bilous continue sa recherche artistique centrée sur l’image-machine et son rapport singulier au réel.

À travers l’intégration de trompe-l’œil dans l’espace urbain, il questionne la nature même de l’image et invite le spectateur à s’interroger sur ce qu’il croit voir. Ses interventions jouent avec les frontières entre réalité et représentation, faisant de la ville un terrain d’expérimentation perceptive.

Aujourd’hui, son travail s’intéresse particulièrement à la perspective, invention majeure de la Renaissance et ancêtre conceptuel de la photographie. Il l’envisage comme un outil participant d’une même utopie : celle de reproduire, dupliquer et parfois falsifier le monde afin d’en révéler les mécanismes de construction et de représentation.

Crédit : Artifice Triptyque 26.1/ 26.2/ 26.3 / Photographie, volume en carton.
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PHILIPPE CALANDRE

Depuis une dizaine d’années, le travail de Philippe Calandre s’articule autour l’architecture.
A partir de 2012, il utilise la technique du photomontage pour introduire de l’imaginaire sur des sites réels. La splendeur des paysages de Philippe Calandre tient à un équilibre subtil entre le passé, le futur et le présent. L’utilisation du noir et blanc ou bien de couleurs estompées donne à ses compositions une valeur a-temporelle.
Le photographe nous transporte ainsi vers des contrées indéterminées dans lesquelles nos rêves et notre inconscient peuvent se projeter.
Ces images font subtilement écho à toute une culture littéraire, architecturale et cinématographique.
On pense notamment à Thomas More, fondateur du concept de l’utopie au XVIème siècle, à la cité babélienne de Fritz Lang dans le film Métropolis et aux créations futuristes de l’architecte Antonio Sant’Elia.
L’originalité de Philippe Calandre réside aussi dans la redondance du motif de l’architecture industrielle. Dans la série Isola Nova (commande de la Fondation Wilmotte en 2013), elle s’imbrique savamment aux bâtis prestigieux d’une Venise ancienne. Dans Méta Locus, elle s’impose au regard, hérissée de cheminées et de silos, telle un labyrinthe dont on ne peut trouver ni l’entrée ni la sortie. Ces structures étranges surplombent des paysages désertiques dans toute leur immuable et mystérieuse beauté.
Vides de présence humaine, les constructions architecturales de Philippe Calandre sont sublimées par la précision extrême qu’il apporte au montage de ses images. Leur grand réalisme tient notamment à la maîtrise des ombres portées, de la luminosité et des fondus au gris qui ne laissent transparaître le moindre raccord.
Porté par la liberté de création que lui inspire le médium photographique, Philippe Calandre en est venu à inventer ses propres formes repoussant ainsi les limites initiales de la « camera obscura ».

Juillet 2017, Galerie Goutal

Crédit : Cold City 06 / Inkjet + pastels secs.
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DOMINIQUE CLERC

Depuis 2011 l’ensemble de mon travail photographique se divise en séries regroupées sous le nom de « Sociales Fictions ». Les questions de société (réseaux sociaux, réalité virtuelle, immigration, tourisme de masse, consommation…), sont la matière première de mes images. Avec des montages et des mises en scène autour de ces questions, on les catégorise parfois dans la famille des fictions documentaires.
La pièce que je présente est extraite de la série Sweet Home (2020).

Crédit : Sweet Home 08 / Tirage Fine Art sur papier Canson Rag, épreuve d’artiste noir et blanc.
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NATHALIE ELEMENTO

Le travail de Nathalie Elemento est une réflexion sur la notion de ‘‘mobilier intérieur’’ : les objets qui nous habitent, les positions mentales que nous adoptons et qui font que nous sommes capables ou non d’adaptation. L’artiste développe une recherche autour des constructions et aménagements personnels, psychiques et physiques, que nous élaborons pour vivre et survivre. D’abord à travers le ‘‘décorum’’, ses formes et ses déformations : le fond, la forme, le format ou formatage.
« Mes sculptures sont de véritables ‘‘architectures intérieures’’ qui mêlent à la fois des éléments de mobilier, issus de ‘‘l’habité’’ et de ‘‘l’habitat’’, et autres objets d’usage dont je questionne le sens. »
Ses recherches actuelles questionnent la notion de ‘‘repositionnable’’ : du pli, de l’usage à la forme-gabarit. Si sa recherche demeure intimement liée au langage, c’est la notion de ‘‘sculpture d’usage’’ qui se développe, non pas au travers de la fiction, mais par la mise en place et la spatialisation des formes, au gré de leurs transformations et implantations. Elle interroge ainsi les modalités du ‘‘vivre avec’’, et plus largement celles du vivre autrement. D’abord par le regard, puis à travers les usages possibles et l’approche physique de la sculpture.

Crédit : En condition III / Encre sur papier.

NORBERT GODON

Mes recherches partent du désir de donner corps à des images qui habitent la mémoire collective, d’anciennes métaphores, des structures logiques, des paysages de données, des architectures conceptuelles et autres schémas qui se déploient dans l’espace pour permettre d’appréhender physiquement les formes immatérielles de la pensée.

Pour donner corps à ces abstractions, mes matériaux de prédilection ont pour point commun d’être souvent déconsidérés, parce que destinés à être jetés en tant que consommables, ou cachés en tant qu’éléments structurels. Tasseaux bruts, joints de porte coupe-feu, mousse d’isolation, papier de verre, entonnoirs, éponges, chemises de bureau et autres produits manufacturés deviennent ainsi des moyens d’incarner des formes idéales issues du vocabulaire de la géométrie. Elles constituent comme autant de vanités, renvoyant la recherche de la forme idéale à la condition humaine.

La série des Formes écran composent comme des fragments d’études topologiques qui flottent sur fond vide à la manière d’images fantômes. La référence aux graphiques symbolise à elle seule l’exercice de la rationalité. Ces morceaux de résille étirés au moyen de simples clous rappellent aussi qu’une grande partie de ces images sont destinées à la manipulation de données. La technique rudimentaire du coup de marteau répond à l’imaginaire des techniques de pointe pour rappeler que leur pouvoir de fascination tient à peu de choses.
La série des Cartes mémoires consiste à reproduire le plan de quartiers disparus en limaille à récurer. Celle-ci figure une des cartes de Lyon les plus répandues au seizième siècle. L’organisation des rues sur la presqu’île a aujourd’hui disparue, remplacée au dix-neuvième siècle par un plan d’urbanisme en damier pour répondre aux besoins de l’industrie textile. Inversant les rapports entre les creux et les pleins, les rues apparaissent en relief pour dessiner un réseau organique d’espaces d’échanges.

Crédit : Formes Ecran / Bas résille, clous.

SARAH KRESPIN

Cette sculpture est nomade, elle évolue d’un espace à un autre. Dans chaque lieu, je lui donne corps d’une nouvelle manière. Elle se fige le temps de l’exposition dans un état précaire et transitoire. Il m’est impossible de retrouver une forme préexistante dont il ne reste qu’une trace photographique. J’explore ainsi notre rapport à la perte, au changement et au détachement. En interrogeant l’idée de la finalité de l’œuvre je place l’incertitude, l’indétermination, l’adaptabilité, le mouvement au centre de ma pratique.

Dans un temps long je tisse sur mon métier à tisser des fils de coton et de métal pour fabriquer la matière hybride, à la fois souple et rigide que je peux modeler d’un geste intuitif. Dans chaque lieu, la sculpture est rejouée, remise en doute. Ce processus implique une pleine présence à l’instant, à la matière, à l’espace et au geste.

Entre le végétal, le minéral et l’animal – comme une peau ou un corps recroquevillé – la sculpture semble lutter pour tenir dans l’espace. La matière forme un creux, comme une enveloppe vide, une membrane protectrice séparant un intérieur d’un extérieur et qui aurait pu garder la trace de la présence d’un corps autrefois abrité.

Crédit : Hold, 2025 / Tissage métal et coton, dimensions variables.

CHRISTINE MAIGNE

Christine Maigne aborde les espaces comme des milieux où se développent des formes élémentaires qui semblent pousser et se nourrir du blanc. Son travail, nourri par la nature, qu’elle explore par la photographie et le dessin, se déploie à différentes échelles et à travers différents médiums. Ses œuvres s’organisent sous forme de familles d’éléments en croissance, trous, bosses, points, pilosités…Elles se déploient à différentes échelles, d’œuvres en plan et volumes réalisées en atelier à des installations couvrant un mur ou une pièce entière, ou s’immisçant dans l’espace urbain ou végétal.

Crédit : L’atelier, plan présence 2024 / Volumes et dessin sur papier bristol sous verre dépoli extra-clair.

NATHALIE NOVAIN

Nathalie Novain développe depuis plusieurs années une pratique sculpturale qui trouve ses inspirations autant dans les sciences dures (géométrie, biologie, géologie) que dans les sciences humaines et la littérature, notamment de science-fiction. À la manière d’une chercheuse, elle classe, collecte, prend des empreintes de formes, étudie structures, systèmes et processus. Les protocoles de création qu’elle élabore génèrent ainsi des familles de formes le plus souvent abstraites, dépouillées de tout artifice, ramenées à leur structure la plus élémentaire. Leur mise en espace ajoute un enjeu dans la mesure où l’agencement des formes entre elles, qui ne doit rien au hasard, permet au spectateur de recomposer à l’infini des liens entre les différentes pièces. Ses sculptures sont à la fois simples et complexes. Courbes, faces, pointes, lignes se détachent de la forme par l’action de la lumière, faisant apparaître et disparaître successivement les volumes. Des clairs-obscurs et diverses tonalités de blancs-gris apparaissent alors, passant visuellement par paliers successifs du dessin à la sculpture.

Crédit : Standar Convex-Bisect / Résine, Série de 5 comprimés, 2008. Pièce unique.

MARINE PAGES

Née en 1976, vit et travaille à Paris, elle est représentée par la galerie Bernard Jordan à Paris.
Depuis 2009, elle codirige Roven éditions avec Johana Carrier.
Elle déploie un travail de dessin sur papier et de volume (installation, bois, papiers…) en réalisant des va-et-vient entre ces deux médiums et construit dans l’espace de la feuille des structures fragiles mais possibles, issues de mémoires d’armatures ou de corps. Depuis quelque temps, des dessins de mots ou de lettres apparaissent sous la forme d’onomatopée créant des jeux formels et sonores.

Crédit : Sans titre (Intermédiaires II) / Crayon et graphique aquarellable sur papier.

THIERRY URBAIN

Le travail photographique de Thierry Urbain explore les liens entre architecture, archéologie et paysage.
Plutôt que de documenter un présent étalé ou un passé chargé d’exotisme, ses images construisent des archétypes que chacun peut investir selon sa propre cartographie intérieure. L’architecture y devient matière poétique, révélée par la lumière, la géométrie, la ligne — une épure qui ouvre l’espace à l’imaginaire.
La poésie est dans la sobriété du lieu comme dans celle des images, dans leur caractère profondément sacré, dans la paix et le calme d’une atmosphère lourde de la présence sans vie d’un vaste théâtre de la mémoire. Se perdre dans ces lieux hiératiques, intemporels et parfois labyrinthiques, laisse le goût enivrant et inquiétant de l’éternité.
Représenté par la Galerie Bigaignon, Paris.

Crédit : Sanctuaire de Nur-Shibba / Photographie argentique
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GERALDINE WILCKE

Artiste pluridisciplinaire et photographe de l’ombre et de la lumière, Géraldine Wilcke explore les mécanismes de perception du réel et interroge la manière dont la lumière construit, transforme et révèle l’espace.
Depuis plusieurs années, elle développe une démarche fondée sur l’observation des phénomènes lumineux dans l’environnement urbain et rural. L’ombre devient un matériau à part entière : non plus une simple conséquence de la lumière, mais une forme active, capable de structurer l’espace et de produire de nouvelles réalités visuelles. Les jeux de contrastes entre apparition et disparition, visibilité et effacement, présence et absence, constituent le cœur de son travail.
Ses œuvres naissent d’une immersion approfondie dans les lieux qu’elle investit. L’architecture y occupe une place essentielle. Chaque espace est parcouru, étudié, photographié et analysé afin d’en révéler les lignes invisibles, les tensions et les potentialités lumineuses. Cette phase d’exploration donne lieu à un dialogue étroit entre le lieu, la lumière et l’image photographique.
Dans ses « Architectures de l’ombre », la photographie dépasse sa fonction documentaire pour devenir un espace de construction. L’image est pensée comme une matière capable de se déployer dans le volume et d’engager une relation physique avec l’espace environnant. À travers des dispositifs minimalistes et rigoureux, l’artiste transforme la surface photographique en une présence sculpturale où l’ombre agit comme une extension architecturale.
Le travail se construit autour de la notion d’instant : chaque œuvre dépend de conditions lumineuses précises, d’un point de vue spécifique et d’une temporalité donnée. La photographie devient alors la trace d’un événement éphémère, un moment où lumière, architecture et perception se rencontrent dans un équilibre fragile.
Ses installations in situ prolongent cette réflexion en intégrant pleinement l’architecture dans le processus de création. Pour l’exposition « Panik Surfaces », les œuvres présentées ont été conçues spécialement pour l’occasion, en relation directe avec le lieu qui les accueille, générant des mises en abyme spatiales où réel et représentation se confondent.

Crédit : Les Architectures de l’ombre VI.IX / Techniques mixtes : Sculpture, photographie, installation.

MENGZHI ZHENG

Mengzhi Zheng (1983, Ruian, Chine) vit et travaille à Paris.

À la croisée de la sculpture, de l’installation et de l’espace public, il utilise des fragments trouvés, des chutes de bois et des matériaux récupérés pour réaliser des assemblages qu’il conçoit comme des dessins tridimensionnels. Il ne s’agit pas pour lui de recycler, mais de transformer des matériaux porteurs d’usages et de mémoires afin de leur donner une nouvelle présence.

Dans des séries telles que Maquettes abandonnées, Contextures ou Petites Chutes, il développe un vocabulaire de formes situé entre sculpture et architecture. Réalisées selon un processus intuitif, sans dessin préparatoire, ses œuvres évoquent des habitats possibles, des espaces ouverts à la projection et des architectures sans fonction définie.

Ses recherches se déploient aussi bien à l’échelle de petites sculptures que dans des installations monumentales et des interventions dans l’espace public. Entre fonction et utopie, équilibre et déséquilibre, intérieur et extérieur, son travail explore notre manière d’habiter les lieux et de construire des espaces mentaux.

Crédit : Contexture N°16, 2023 / Assemblage divers matériaux, 2026.