Exposition NERVOUS BACCHUS

Du 24 avril au 10 mai 2026

▶︎ Vernissage le vendredi 24 avril 2026, de 18h à 22h

Marcos Carrasquer / Anne Ferrer / Christophe Robe / Baptiste Roux / Brigitte Zieger

Nous vivons tous aujourd’hui une sorte d’orgie anxieuse devant un réel toujours plus monstrueux et tentaculaire, Il y a peu, l’homme devait aller chercher l’information afin de penser le monde, il est désormais obligé de trier une surinformation hypersonique pour se protéger

Par les réseaux, ce qui se passe à nos portes vaut ce qui est à l’autre bout du monde, qu’un incident se passe à Jakarta ou à l’angle de la rue, il nous impacte directement. De cette boulimie communicationnelle anarchique et mondialisée, certains artistes en font leur sujet, mêlant fictions cyberpunk, apocalyptiques, décadentes ou grotesques. Cette vision borderline d’un monde en surpoids visuel invite les artistes ici présents à inventer des univers disloqués, artificiels, incongrus, donnant à voir des œuvres chimiquement impures, séduisantes et dérangeantes à la fois.

Au choix, il est question dans leurs œuvres de surcharges picturales, de mutations organiques ou de mythologies remixées. Ces plasticités éminemment hybrides, perturbées et conflictuelles sont traitées en peinture, sculpture, impression numérique ou installation, avec une énergie foisonnante. En effet, les formes sont obèses, dégingandées, entremêlées, acidulées, tragi-comiques, nous laissant devant les restes d’un repas bacchusien, comme un lendemain de fête improbable.

De la genèse de monstres divers dans l’œuvre d’Anne Ferrer, Christophe Robe ou Baptiste Roux, aux brouillages du réel par des emprunts à l’actualité chez Brigitte Zeiger ou Marcos Carrasquer ; tous pensent l’état du monde sans vraiment le juger, sinon par le prisme d’un désordre mutagène directement visible dans leur utilisation des formes, matériaux et couleurs. On est véritablement dans une picturalité ogresque, de la composition à la décomposition. Ces artistes ne ferment pas les portes, au contraire ils nous invitent à voir les perturbations du monde actuel. Créant des redéfinitions parfois absurdes, à la complexité fluctuante, une nouvelle mythologie entre hétérotopie et dystopie.

Cette exposition à Plateforme est la confrontation de ces 5 artistes dans un même espace, jusqu’à les emmêler, que ces accumulations de couleurs, de formes et d’idées se frottent les unes aux autres avec des divergences de tailles et de matériaux, formant ainsi une surcharge telle que décrite plus haut. Dans des gestes protéiformes, politiquement stridents et jouissifs, pour donner à voir nos mutations contemporaines.

                                                                                                                                                            Baptiste Roux

MARCOS CARRASQUER

Marcos Carrasquer dessine sur papier ou peint sur toile, les contours d’une humanité meurtrie sans aucune concession. Il ne s’embarrasse, d’aucune gêne, d’aucune barrière, cherchant toujours dans ses dessins comme ses peintures une mise à nu de l’être humain, avec tous ses travers, ses défauts, ses torts.

Mais Marcos Carrasquer insère toujours dans ses œuvres, et encore aujourd’hui de plus en plus, un humour acerbe qui permet au spectateur une mise à distance sur des sujets parfois violents, parfois tristes, parfois poétiques.

Ses œuvres ont souvent une teneur politique qui dénonce tant les horreurs militaires que la violence de la guerre. Les scènes, que l’on peut situer entre cauchemars et rêves, donnent à l’artiste la possibilité de mêler tragique et grotesque. A travers cette micro-exploration de la cruauté humaine, de la manifestation du cauchemar, et de la violence, naît aussi l’espoir dans ce théâtre de l’humanité.

L’œuvre de Marcos Carrasquer demande à ce que l’œil, s’y arrête  longuement, puisse y remarquer chaque détail, car tout est lié dans son œuvre, le moindre détail a sa raison et sa nécessité d’être.

Marcos Carrasquer est un « exilé » de l’art, dont l’œuvre nous rappelle sans cesse, à nous, spectateurs, la fragilité de notre condition d’aujourd’hui.

Crédit : Marcos Carrasquer / Lull / huile sur toile, 200x240cm, 2018, Crédit photo M Carrasquer.

ANNE FERRER

Née à Toulouse, Anne Ferrer a grandi en Catalogne. Après avoir été reçue à l’Ecole Normale Supérieure, elle décide de poursuivre ses études à l’université de Yale. C’est là qu’elle développe un travail de dessin, au début prétexte à la sculpture, puis complètement autonome.

Elle vit à Paris et New York, où elle expose et séjourne régulièrement. Son travail a été exposé au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, au Centre Pompidou, et différents musées et institutions, à Madrid, Seoul ou aux Etats-Unis. Ses œuvres graphiques et installations ont été acquises par de nombreuses institutions et collectionneurs.

Crédit : Anne Ferrer / vue d’atelier 2024, Eléments pour le Cyclop de Tinguely, Milly la Foret (exposition 2021), crédit photo A Ferrer.

CHRISTOPHE ROBE

Depuis plus de quinze ans, Christophe Robe développe une peinture d’une grande sensibilité, nourrie par une expérimentation picturale constante. Son œuvre nous plonge dans un univers à la fois ludique et inquiétant, où microcosme et macrocosme cohabitent dans un mélange coloré et surprenant.

Peintre dans l’âme, il place l’expérimentation au cœur de sa pratique. Ses toiles, riches et complexes, mêlent aplats, dégradés, reliefs, effacements, traits, superpositions, glacis ou projections, dans une composition toujours en quête d’équilibre — parfois dense, parfois plus apaisée.

Au sein de ces paysages picturaux, émergent ici et là des figures presque cartoonesques : un œil, une bouche, un sourire. Robe orchestre un va-et-vient constant entre une figuration libre, souvent chargée de références, et un jeu de textures et de formes frôlant l’abstraction.

C’est un voyage onirique et sensible au sein de la peinture du XXe siècle, qui puise sans complexe dans un répertoire éclectique allant de Paul Klee à Philip Guston, en passant par Pierre Alechinsky ou Peter Doig. Une œuvre fondée non sur la citation, mais sur l’invention, la transformation et le mélange.

Damien Levy
Directeur de la galerie Idéale

Crédit : Christophe Robe / Sans titre, 160x130cm, 2024, Acrylique sur toile, crédit photo Christophe Robe.

BAPTISTE ROUX

Trafic d’influence
Impressions numériques, images, écrans, thermoformages, découpes lasers et matières envahissantes, solides, souples ou liquides, (silicone, bois, polyester extrudé, papier peint, bâche), mon travail se sert des technologies et de produits divers pour fabriquer un univers plastique et conceptuel. Le but n’est pas de faire un fac-similé des réalités de la communication ou de l’industrie, mais de créer des prototypes visuels et absurdes à la croisée de divers contextes. Ainsi, je suggère un sentiment d’étrangeté ou de non-sens, en transformant des matières fournies par les médias et l’industrie en un simulacre de chair urbaine et mutante. Pour cela, je fabrique des images hybrides entre organes, logos et traces que je mixtes sur ordinateur pour ensuite les appliquer sur ces dites matières. Les pièces sont alors déformées, texturisées, décalées, défigurées, pour devenir polymorphes, singulières, intimes, corporelles ou accidentées. Mon travail joue alors simultanément de la séduction et de la répulsion et de l’incapacité de visualisé celui-ci dans sa totalité sous un seul angle. En cela, il déprave des images et des formes issues de l’infographie pour les réincarner picturalement à travers les technologies d’impressions et la peinture sur des supports souvent aseptisés avant que je ne les distordes. Ainsi, je crée des sortes de tragi-comédie pataphysique aux sources diverses :urbaines, publicitaires, politiques, alimentaires, organiques ; toutes détournées. . Je croise tous ces éléments pour les assujettir, les connecter à des fantasmes en perpétuelles mutations, en mouvement entre deux lieux, deux temps, en quête d’une place pour devenir visible. L’écriture et les titres de mes travaux amplifient cette déconnexion avec le contexte initial à travers des sujets du quotidien, du professionnel ou de l’intime.

Crédit : Baptiste Roux / Séisme pastoral, 160 x 145 x 56 cm, 2025, crédit photo B.roux.

BRIGITTE ZIEGER

Brigitte Zieger s’intéresse à des images d’événements issus de situations politiques, dont elle propose des réactivations et des relectures. Elle utilise l’engagement et l’acte de protestation en tant que signe et forme en s’attachant à l’aspect politique de l’espace pour contester son autorité. Ses installations créent un jeu de relations à partir d’un ensemble flexible d’éléments autonomes. C’est le reflet spatial d’un état d’esprit qui se situe à l’opposé du contrôle et de l’ordre. Des éléments morcelés et dispersés dans l’espace peuvent ainsi stimuler l’imaginaire politique du spectateur qui tente de combler les vides et de raccorder les formes éparses. Ces installations augmentées dans le temps par de nouveaux éléments, puis rejouées différemment selon les lieux d’exposition, permettent à l’artiste de ne rien figer et de leur donner une vitalité chaotique proche de l’événement.

Crédit : Brigitte Zieger / Nos désirs font désordre, 2022, photo Brigitte Zieger.